Contre l'omniprésence de la publicité, la liberté de réception

La publicité est omniprésente, dans la rue, dans le métro, sur nos écrans, au téléphone, dans nos boites aux lettres, à la radio, au cinéma, dans les journaux…

Ainsi l'association RAP a calculé que chaque citoyen recevait entre 500 et 1000 messages par jour. Pas étonnant que les Français en aient assez. En 2010, une enquête d'opinion révélait que 80 % des sondés jugeaient la publicité de façon négative. Et que font le gouvernement et l'assemblée nationale pour répondre à ce ras-le-bol citoyen ? Dans les bons jours, pas grand-chose (comme par exemple la mise en place de la liste Bloctel de la loi Hamon) et la plupart du temps, les pouvoirs publics se contentent de laisser faire les publicitaires, voir de répondre à leurs attentes. 

Les associations et les collectifs anti-publicitaires défendent depuis de nombreuses années, le principe de liberté de réception. Mais quel est ce concept ? Évidemment, la liberté d’expression ne doit pas être remise en cause mais elle doit être contrebalancée par une liberté de réception. L'idée est simple : il faut que chacun puisse avoir le choix de recevoir les messages diffusés. 

D'ailleurs la liberté d’expression n’est pas un droit absolu et elle se trouve affectée de nombreuses limites comme la préservation de la vie privée, la diffamation ou les propos racistes au haineux. Alors pourquoi, pour les publicités, on a le sentiment que c'est le « no-limit » ; pour les publicités commerciales, en effet, la surface et le temps de parole disponible pour leur expression est bien plus importante que celle pour l'expression citoyenne. 

Nous faisons donc nôtre cette belle idée de liberté de réception inscrite dans la loi, en tant qu'abus de la liberté d'expression, tel que prévu dans la déclaration des droits de l'homme et du citoyen (1).

Ainsi cette liberté de réception garantit à tous les citoyens de pouvoir regarder la télévision, d'écouter la radio, de relever son courrier, de se balader… sans subir les flots de messages publicitaires. Cette liberté de réception est globalement respectée pour la plupart des médias. On a le choix d’allumer la télé ou pas, de choisir les journaux qu’on lit et la radio qu’on écoute. On peut aussi choisir d'installer un bloqueur de publicité sur son ordinateur. Mais dans la rue le message est imposé. Ainsi la mise en place de la liberté de réception se décline dans l'espace public, par la réduction de la taille des affiches pour qu’il y ait un consentement implicite. Il faut qu’une personne fasse le choix de s’approcher si elle veut lire le message publicitaire – ce qui est le cas avec une taille d'affiche de 50 sur 70 centimètres. C’est déjà la taille imposée aux messages des associations sur les panneaux d’affichage des mairies par exemple. En quoi l’expression commerciale aurait-elle plus de choses à dire que le message politique ou associatif ? Cela va de pair également avec le refus des panneaux éclairés et des écrans, qui en attirant le regard par l’éclairage ou le mouvement, nient la liberté de chacun de recevoir le message ou pas (en plus de gaspiller de l'énergie).

Pour les boites aux lettres, cela passe par l'inscription dans la loi du respect obligatoire des autocollants stopub, qui ne sont pour l'instant qu'une invitation « polie » à ne pas avoir sa boite envahie de prospectus. 

Enfin, cela suppose d'avoir des chaines de télévision et des radios sans publicité. C'est donc à l'audiovisuel public de garantir cette liberté de réception en supprimant toutes publicités commerciales avant et après 20h.

Ce combat est loin d'être anecdotique : les annonceurs dépensent près de 30 milliards d'euros en France en publicité par an. Soit le globalement le coût de la première étape du revenu universel !

Charlotte Nenner de l'équipe de campagne

(1) Art. 11 : La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi.


Soyez la première à commenter

Je m'inscris à la lettre de campagne