Ma lettre aux insoumis

Aux Insoumis des 3e et 10e arrondissements

Paris, mercredi 10 mai 2017

Comme convenu avec Layla Yakoub, avant votre assemblée générale de circonscription, je voulais mettre par écrit le produit de nos discussions. Je serais heureux de venir en discuter devant vous dès ce soir si vous acceptez de m’inviter.

La demande de rassemblement est forte pour ces législatives et sur le terrain vous devez entendre, comme moi, les habitant.es nous demander de ne pas reproduire les mêmes erreurs qu’à la présidentielle, erreurs qui ont conduit à l’auto-élimination de la gauche écologiste. Avec les valeurs et les convictions qui nous animent, nous ne pouvons pas prendre ce risque. Les citoyen.ne.s nous en tiendraient rigueur et ils auraient raison. Nous pouvons continuer à cultiver nos différences, mais j’ai bien davantage de désaccords avec les candidats de droite, socialistes ou En Marche, qui, si nous ne trouvons pas d’accord, iront s'asseoir à notre place sur les bancs de l’Assemblée le 18 juin.

Comme on l’a constaté avec les autres forces de gauche lors de notre réunion il y a quelques jours, il y avait des désaccords difficiles à surmonter dans le cadre de la présidentielle. Je pense à la question de la nécessaire réorientation européenne en particulier. Je pense qu’on peut et doit désobéir aux traités pour investir dans l’éducation et la transition énergétique, mais ce débat n’est pas celui que nous devons trancher d’ici au 18 juin.

En tant que porte-parole national d’EELV, j’ai depuis plusieurs années plaidé pour ce rassemblement. Quand s’est posée la question du retrait de la candidature de Yannick Jadot, car nous constations que l’écologie était portée et par Jean-Luc Mélenchon et par Benoît Hamon, j’ai plaidé pour le “1 victoire plutôt que 3 défaites”. C’était le mandat très clair que nous avaient donné les sympathisant.es. Malheureusement, Jean-Luc Mélenchon a choisi de ne pas ouvrir les discussions avec les organisations politiques. C’est un choix stratégique que je comprends et respecte, mais je le regrette.

Nous avons toutes les raisons d'être tristes. Pourtant, plutôt que de refaire le film et chercher des coupables, je crois qu’il nous appartient de construire cette force capable de gagner des élections et de concrétiser cette majorité que nous sentons poindre ici et là dans le pays.

Nous ne sommes pas condamnés à reproduire les mêmes erreurs. 
Un groupe important à l’Assemblée permettrait de peser sur le mandat d’un président dépourvu d’une majorité absolue. Il faut donner un débouché électoral à des orientations politiques soutenues par un quart des votants dans les urnes. Ce n’est pas rien. Les désaccords que j’évoquais plus haut sont directement liés au rôle régalien du président, mais en juin, nous pouvons construire ce groupe autour des points qui nous rassemblent : accompagner les évolutions de nos pratiques institutionnelles, contrer la casse du droit du travail ou de la sécurité sociale, défendre et promouvoir l’écologie et nos biens communs. Nous retrouvons ces points aussi bien dans l’Avenir en commun, le Futur Désirable ou le Bien Vivre que portaient respectivement Mélenchon, Hamon et Jadot à la présidentielle. A nous d’élire des députés combatifs, intègres et militants, qui soutiennent les luttes sociales et écologistes et relaient dans les institutions ce que la société civile défriche et expérimente.

A défaut, c’est la droite qui pèsera sur la ligne du président Macron. A moins qu’il ne dispose carrément de la majorité absolue et dès lors pourra faire passer le plus facilement du monde sa réforme du droit du travail par ordonnances, au cœur de l’été. Pour avoir été délégué du personnel, je sais ce que signifie de faire primer l’accord d’entreprise sur la loi, c’est dangereux pour les salaires comme pour les conditions de travail.

Notre responsabilité est donc immense. 
L’enjeu, c’est de transformer le pays. Il est fracturé. La ségrégation territoriale, le déclassement social, les inégalités sociales qui sont aussi environnementales, devant les pollutions par exemple, sont les fondements de la crise démocratique. Réussir les législatives, c’est le meilleur moyen de ne pas perdre cinq ans de plus.

Nous nous sommes souvent retrouvés ensemble dans l’opposition à la loi travail, au CETA, ou en faveur de l’accueil digne des migrants. J’ai squatté une banque avec mon amie Leila Chaibi, occupé une caserne avec Eric Coquerel, fini en panier à salades avec Danielle Simonnet, combattu la Société Générale dans l’affaire dite Kerviel avec Jean-Luc Mélenchon… Je suis convaincu que nous pouvons mener une nouvelle campagne ensemble et la gagner.

J’ai démarré ma campagne en décembre dernier et suis prêt pour le mois qui vient. J’irai jusqu’au bout et n’ai jamais été concerné par un accord avec le PS. La députée sortante tient une ligne que je combats depuis plusieurs années et son projet reste flou, il n’est pas envisageable de la soutenir. Nous devons faire gagner la gauche écologiste.

Investi par EELV, j’ai signé en octobre 2016 la charte des candidats qui implique entre autres le non-cumul des mandats. 
Dans les items que recense la charte des candidats Insoumis, je vois peu de points qui font dissensus.
La liste est au contraire longue de points d’accord :
- Signer la charte d’Anticor ? C’est fait et nous avons reçu l’association lors d’un café citoyen (au Belushi’s) avec Eva Joly en février pour élaborer les propositions et mes engagements.
- Refus des dépenses somptuaires ? Je m’engage à diviser mon indemnité par deux.
- Transparence des frais parlementaires ? Je m’y engage également et commence par la transparence sur le budget de campagne, dépenses comme recettes (www.julienbayou.fr/transparence).
- Transparence sur la réserve parlementaire ? C’est la loi, et en attendant sa suppression je souhaite comme le font déjà des parlementaires écologistes la confier à un jury citoyen pour éviter tout clientélisme.
etc.

Je vois trois défis à surmonter. 
L’un de fond, la discipline de vote, c’est à dire le mandat impératif. Je comprends l’esprit de la charte des Insoumis.es de chercher une cohérence de groupe et, de Jeudi Noir au Conseil régional, je pense avoir démontré que j’ai l’esprit de mandat. Mais le mandat impératif est anticonstitutionnel et je pense que nos représentants doivent pouvoir voter en conscience, selon la conviction qu’ils se font sur les textes de lois. Cela va pour moi de pair avec l’obligation de préparer ces votes lors de débats avec leurs mandants, et de rendre compte en continu. Pour aller plus loin justement, le mandat impératif relève selon moi de la démocratie par intermittence, où l’électeur donne son avis tous les cinq ans et n’a pas prise sur le cours des décisions. Je pense que nous avons les outils et l’envie pour une démocratie en continu, où les budgets participatifs, les ateliers de fabrication de la loi, l’analyse de l'activité des députés, l’interpellation populaire, la co-construction d’amendements ou de propositions de loi modernisent et donnent du sens à notre démocratie. C’est ce que j’appelle la réquisition citoyenne de l’Assemblée Nationale.

Le deuxième défi est plus prosaïque. C’est la question, importante, du financement électoral et donc de l’Association de Financement Electoral qui recevra le financement public lié aux voix aux législatives. Porte-parole national d’EELV investi par mon mouvement, j’indiquerai son association de financement lors de mon inscription en préfecture, comme je m’y suis engagé en octobre 2016. Je sais cependant que des accords de reversements sont possibles entre mouvements, aussi je ne vois pas pourquoi cela pourrait bloquer.

Le troisième défi est tout simplement une volonté de faire ensemble ou non. Qui veut faire trouve un moyen, qui ne veut pas trouve une excuse. Côté écologistes, nous souhaitons ce rassemblement nous l’avons démontré en choisissant le rassemblement après avoir constaté que l’écologie n’avait pas besoin d’une candidature dédiée, puisqu’elle irriguait deux projets présidentiels qui ont rassemblé 25 % des suffrages.
Et plus de 40 % à Paris dans les 3e et 10e arrondissements, sans compter tous ceux, nombreux, qui se sont portés sur le vote “utile” au premier tour mais ont hâte d’enfin voter “pour”, par adhésion pour un projet, au troisième tour, celui des législatives.

Ces voix doivent être représentées dans la prochaine Assemblée. Je pense que ma candidature est la plus à même de permettre d’avoir un député de plus à l’Assemblée et que ces voix soient représentées. Je serais honoré de les y porter dans le cadre d’une campagne de rassemblement réclamée largement par les habitant.es et soutenue au niveau local par les forces de gauche écologiste. Une candidature de rassemblement avec une Insoumise pour suppléante qui participe pleinement à la stratégie de campagne. Une campagne qui intègre la diversité et l’histoire de chacun et fasse place à celles et ceux, sympathisants non membres d’un mouvement politique, qui veulent s’impliquer pour cette réquisition citoyenne de l’Assemblée nationale.

Rassemblée, la gauche écologiste peut revendiquer un rôle central à l'Assemblée. Divisée c’est au mieux la figuration, au pire l’auto-élimination qui guette. Je souhaite que nous soyions nombreux, des Insoumis.es, écologistes, communistes, personnalités d’ouverture, riches de nos parcours, élus en juin à l’Assemblée dans un groupe d’opposition constructive, utile au pays, pour construire l’alternative.

J’espère que nous saurons y arriver, nous n’avons que quelques jours.

A vous !
Julien Bayou
06 44 69 75 57 / julien@julienbayou.fr


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